OKJobs Article OKJobs Le Contrôleur De Gestion BP

Business partner, un terme à la mode ? Une nouvelle appellation pour enjoliver les fonctions traditionnelles de l’entreprise ?

Pas vraiment.

Il s’agit d’une nécessité. Une transformation nécessaire pour placer certains acteurs support de la chaîne de Porter, principalement la finance, le contrôle de gestion ou les RH, sur le devant de la scène de création de valeur, puisque le bouleversement technologique de ces deux dernières décennies a permis de simplifier, accélérer et automatiser énormément de tâches et processus classiques et de rendre cela accessible à toutes les entreprises. Ces fonctions là se libèrent donc partiellement d’une partie chronophage et à faible valeur ajoutée de leurs activitées pour se consacrer à des activitées plus intéressantes et plus impactantes.

Le business partnering vient donc comme concept et méthodologie pour encadrer cette création de valeur à travers les fonctions support, notamment le cas qui nous intéresse ici, du contrôle de gestion / finance.

Un changement de mindset :

“En tant que contrôleur de gestion de la société, je suis ravi aujourd’hui de vous présenter cette jolie prez powerpoint de 172 slides pleines de chiffres financiers fiables et avec une mise en forme très esthétique qui m’a coûté 5 nuits blanches. Suite à cette présentation de 4 heures, la société a amélioré sa marge EBITDA annuellement de 200 bps”

TRUE STORY ? … probablement pas.

En tant que contrôleurs de gestion, nous pouvons aimer nos chiffres et nos livrables, mais ce qui compte réellement au final, c’est comment la société peut générer de la valeur pour ses actionnaires et clients.

Le business partnering suppose donc un changement de mindset avant toute chose, pour que le comportement qui en est généré, soit orienté vers la maximisation de la valeur business.

Comment ?

Dans les entreprises, des dizaines ou centaines de décisions sont prises quotidiennement, certaines opérationnelles, d’autres stratégiques, mais toutes, tracent l’avenir de la société. Le contrôleur de gestion doit chercher à se placer dans ces cercles de décisions, et trouver le moyen de les influencer, pour que les décisions prises soient créatrices de valeur pour l’ensemble des parties prenantes.

  • Penser valeur au lieu de penser coût
  • Réfléchir à comment faire les bonnes choses au lieu de faire mieux les mêmes choses
  • Se focaliser sur la production de connaissances et recommandations au lieu de se focaliser sur les données et les reportings
  • Evaluer les bons risques à prendre au lieu de chercher à éviter tous les risques (Salut à tous ceux qui boivent du principe de prudence au petit déj.

Le point de départ du business partnering consiste à changer de prisme. Au lieu de penser comme un centre de coût, penser comme un centre de profit qui cherche à maximiser sa contribution dans la chaîne de valeur. Et au lieu de penser que l’on est assujetti à une obligation de moyen, penser que l’on est sous une obligation de résultat.

Ce dernier est un élément très important, posez vous la question : est ce que vous vous sentez profondément affectés par l’échec ou la réussite des décisions entreprises ou bien vous êtes émotionnellement déconnectés du cours des choses dans votre entreprise ?

Si vous perdez le sommeil quand les chiffres sont dans le rouge, ou pour réfléchir à la solution d’une problématique, c’est que vous êtes sûrement déjà un bon Business Partner.

Le Business partnering, un changement de mindset, puis de comportement :

Peut-importe la compétence technique du contrôleur de gestion, si le business ne réussit pas, tout va s’écrouler, vous avec.

Le business partnering cherche donc à maximiser l’impact sur la performance de l’activité. Et la seule manière de le faire, c’est d’influencer les décisions prises, ces décisions qui font le futur de l’entreprise.

Et pour être en mesure d’influencer, 3 prérequis :

  1. Construire des relations de confiance avec les décideurs : se rapprocher des opérationnels, s’intéresser profondément à eux et à leurs activités, discuter de leurs problématiques. Et ca, ca ne se passe pas vraiment quand on est derrière notre écran.
  2. Elaborer des recommandations : Le contrôleur de gestion est dans une position privilégiée en entreprise, avec un accès transversal aux données et aux métiers, il doit allier sa maîtrise technique de la manipulation et compréhension des chiffres avec une profonde connaissance du business pour produire de la nouveauté, des recommandations qui seront pertinentes face au contexte.
  3. Communiquer de manière impactante : Trouver une manière simple et claire de communiquer. Le destinataire ne doit pas faire beaucoup d’effort pour assimiler le contenu. Une recommandation pertinente mais formulée de manière complexe ne sera probablement considérée.

4 soft-skills clé pour réussir le business partnering :

Un bon business partner dispose nécessairement d’un socle en compétences techniques solides auquel viennent s’imbriquer 4 soft-skills importants afin de pouvoir convertir ses efforts à travers l’influence en de vraies solutions business pouvant impacter le cours de l’activité.

OKJobs Soft Skills 1

La compréhension du business
Le business partner doit passer énormément de temps dans la compréhension de l’activité à travers ses deux volets, la stratégie et le business model.
La stratégie nous dit où est ce que nous voulons aller, qu’est ce qu’on fait pour se tailler une place dans le marché, qu’est ce qui nous différencie de la concurrence, quelle est notre proposition de valeur. C’est la clé du business partnering, puisque le contrôleur de gestion se trouve au centre des décisions, il faut qu’il veille à ce que le déploiement des efforts se fasse en adéquation avec les orientations stratégiques. Tous les systèmes de reporting, de tableaux de bord, de budgétisation ..etc doivent permettre la planification, l’exécution et le suivi en lien avec la stratégie.
Ensuite vient le business model qui permet de comprendre la chaîne de valeur et les processus, comment nous développons nos produits et services, comment nous faisons leur fabrication, leur livraison, comment nous gérons la relation avec nos clients etc.
Il faut être curieux et poser beaucoup de question pour comprendre les rouages du business. Une vue exhaustive de toute la chaîne permet au contrôleur de gestion de soulever les bonnes problématiques et détecter des opportunités.

Orientation client interne

Le contrôleur de gestion est un support aux décideurs, et pour réussir, il doit les aider à réussir.

Son activité doit ainsi être adaptée à leurs attentes. Mais qui sont donc ces décideurs ?
La première étape c’est donc de définir les clients internes. Malheureusement dans beaucoup d’organisations, les contrôleurs de gestion travaillent de manière isolée de l’activité, sont submergés par des travaux sans aucune relation avec les besoins réels des décideurs pour générer au final 0 impact.
Après avoir défini les clients internes, il faut s’intéresser à eux, comprendre leurs problématiques, et leurs besoins, leur préférences de travail, afin de pouvoir ensuite développer une proposition de valeur qui cadre avec les attentes. Il faut produire des solutions aux clients internes pour lesquelles ils seraient prêt à payer. Et oui c’est pourtant simple, si une pâtisserie fabrique un type de gâteau qu’elle n’arrive pas à vendre, est ce qu’elle va continuer à en fabriquer indéfiniment pour les jeter le soir ? elle va plutôt chercher à mieux connaître les attentes pour fabriquer les produits qui vont les satisfaire. C’est la même chose pour le business partnering, alors pourquoi certains insistent toujours à faire les mêmes reportings et mêmes livrables que personne ne lit, la satisfaction serait de se tuer à la tâche même pour produire des choses inutiles ?

Pourquoi ne pas poser simplement la question : “Comment pourrais-je mieux vous aider ?

L’attention doit ainsi porter envers le client, mais cela ne veut pas que le client à toujours raison.
Le contrôleur de gestion se trouve souvent au centre de dilemmes, et de part sa position, il se doit de faire preuve d’une intégrité irréprochable. L’intérêt de la boîte prime toujours sur l’intérêt de tel ou tel client. Et de part sa vue panoramique sur les processus et interfaces, il se doit d’évaluer l’impact global des décisions pour éviter les effets de “sub-optimisations”, où un métier se voit devenir performant au dépend d’un autre en créant des coûts cachées ailleurs plus significatifs.
Il faut donc essayer de nourrir cette relation avec les décideurs tout en préservant son indépendance.

L’esprit de l’entrepreneur
Une stratégie se traduit quotidiennement par des décisions prises pour sa concrétisation.
Il y a néanmoins énormément de pistes, d’alternatives lors de la prise de décision, et le business partner se doit adopter la posture d’un commerçant qui est constamment entrain de chasser le prochain $$$. Les choix et orientations commerciales devraient être en parfaite alignement avec la création de valeur, et vu que le BP vise à influencer la prise de décision, il se doit d’adopter cette posture qui vise à maximiser la richesse pour orienter vers la bonne direction.
Néanmoins, nous sommes tous des humains, et les humains souffrent de beaucoup de subjectivité. Et pour limiter ces biais cognitifs, le finance business partner doit d’être extrêmement analytique, et de toujours se baser sur les chiffres, données et analyses.
Aussi, des fois, créer de la valeur peut se faire uniquement en évitant la prise d’une mauvaise décision.

Se positionner en partenaire
Un prérequis important à toujours garder en tête, c’est que le business partner ne peut créer de l’impact qu’avec les autres. Ce n’est pas un décideur.
Pour ce faire, il est important de gagner la confiance des collaborateurs, des clients internes.
David Maister dans son livre “The Trusted Advisor” a introduit en 2000 la formule de la confiance, et qui est particulièrement adaptée pour le business partnering.OKJobs Formule Confiance

  • Crédibilité – Se base sur notre parole : Est ce que le contrôleur de gestion maîtrise le sujet, est ce qu’elle se base sur des éléments chiffrées, est ce qu’il pose les bonnes questions ?
  • Fiabilité – Se base sur nos actions : Est-ce qu’on peut compter sur le contrôleur de gestion ? Quand il s’engage, est ce qu’il respect ses promesses ?
  • Confidentialité – Se base sur les émotions : est-ce que en tant que métier ou décideur, je peux confier au contrôleur de gestion des informations confidentielles ou compromettantes sans craintes ?
  • Intérêt personnel – Se base sur la motivation : Quelle est la motivation du contrôleur de gestion ? Est-ce qu’il cherche l’intérêt des décideurs et principalement de la boîte, ou bien cherche t-il à servir ses propres intérêts, son image et notoriété personnelles ? Si l’intérêt personnel est grand, étant un diviseur, malgré la présence de tous les autres facteurs, la confiance sera proche de 0 et le contrôleur de gestion ne sera pas accepté tel un partenaire par ses clients internes.

Les meilleurs business partner arrivent à contrebalancer des intérêts divergents vers une solution win-win dans laquelle les deux parties se sentent à l’aise (client interne et contrôle de gestion / DG). Sinon, si la solution ne peut pas être trouvé, ne pas chercher forcément le compromis qui peut signifier une solution win-lose, car il ne s’agit pas de solutions soutenables, et cela risque de toucher gravement à la crédibilité et à l’objectivité du contrôleur de gestion, car il aurait choisi volontairement de s’allier à une décision qui n’est pas optimale pour le business et générerait une somme d’impacts défavorable pour l’activité.


Photo OUKESSOU KHALID Conference ISGAJ’avais eu la chance d’exposer cette vue sur le business partnering lors de la conférence débat organisée le vendredi 28 février 2020 par l’ISGA Rabat en partenariat avec le club des dirigeants, sous le thème: “Les métiers d’audit et du contrôle de gestion. Regards croisés et retours d’expérience.”

En parallèle, dans nos processus de recrutement des cadres en contrôle de gestion avec OKJobs, nous faisons attention à l’ensemble de ces éléments lors de notre méthodologie d’évaluation. En plus des compétences techniques et de la motivation des collaborateurs, les aspects de mindset et de comportements sont très importants et nous permettent de porter un jugement objectif sur la capacité de votre futur collaborateur à adopter une posture de business partner, apte à devenir un levier d’impact pour votre business.

Au plaisir d’échanger autour de ce sujet passionnant dans les commentaires !

OUKESSOU Khalid – Fondateur OKJobs.ma

Recrutement spécialisé en contrôle de gestion

 

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Khalid est un manager contrôle de gestion et un grand passionné du recrutement. Il a fondé OKJobs pour accompagner les entreprises à pouvoir trouver, attirer et fidéliser les meilleurs talents en contrôle de gestion. Il consacre son temps libre à l'accompagnement de chercheurs d'emploi et au partage de connaissances sur la recherche d'emploi et le contrôle de gestion.